Réseau occulte d’ex-policiers au PSG : les trois suspects mis en examen

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Les trois hommes placés en garde à vue depuis lundi dans une affaire de soupçons de monnayage d’informations, notamment au bénéfice du PSG, ont été mis en examen ce jeudi. Ces trois hommes – deux anciens policiers et un lobbyiste – ont été entendus pendant trois jours dans les locaux de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Les deux ex-policiers ont été mis en examen des chefs d’aide à l’entrée ou au séjour irrégulier, faux et usage de faux, corruption, recel et complicité de détournement de la finalité d’un fichier, complicité et recel de violation du secret professionnel et complicité et recel d’accès frauduleux à un système de traitement de donnés à caractère personnel. L’un des deux a également été mis en examen pour vol. Ils ont tous deux été placés sous contrôle judiciaire. Le troisième a été mis en examen des chefs d’aide à l’entrée et au séjour irrégulier , faux et usage, trafic d’influence et complicité et recel de violation du secret professionnel. Il a été placé sous contrôle judiciaire. Source judiciaire.

Ancien membre de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, l’ancêtre de la DGSI), Malik N., l’un des suspects, a rejoint le PSG en 2018 où il s’occupe des relations entre le club de la capitale et ses supporters. Il a récemment mis fin à sa collaboration avec le club. En enquêtant sur une autre affaire dans laquelle il est impliqué, les policiers de la DGSI auraient découvert qu’il sollicitait un ancien collègue pour obtenir des éléments confidentiels issus des fichiers de police, des informations privées comme des numéros de téléphone ou des adresses, des renseignements pour « cribler » des salariés (enquêter sur eux) ou encore faciliter l’obtention des titres de séjours.

Informations judiciaires sur la gifle de Neymar, obtention d’un titre de séjour…

Le PSG aurait notamment obtenu grâce au réseau de Malik N. des informations sur des procédures judiciaires en cours impliquant ses joueurs, dont celle de la fameuse gifle infligée par Neymar à un spectateur, le 27 avril 2019 après la finale de Coupe de France perdue face à Rennes. Ses avocats, Me William Bourdon et Vincent Brengarth, n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Le second gardé à vue est un policier en disponibilité qui travaillait au sein de la direction de la coopération internationale de sécurité de la police nationale. On lui reprocherait notamment une intervention pour l’obtention d’un titre de séjour au profit d’un investisseur du Moyen-Orient, des charges qu’il conteste. Sollicité, son avocat Me Éric Morain n’a pas souhaité s’exprimer.

L’un des mis en cause a été emprisonné au Qatar, dans une autre affaire

Le troisième mis en cause, Tayeb B., est un lobbyiste originaire de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) qui avait ses entrées au Moyen-Orient et en Afrique. Contacté, son avocat Me Nabil Fadli n’a pas souhaité réagir. Le nom du lobbyiste apparaît également dans une autre affaire potentiellement explosive dévoilée par Libération. Selon le quotidien, Tayeb B. travaillait depuis 2019 en tant que consultant pour le Comité des droits de l’homme qatari.

Une expérience qui s’est brutalement interrompue en janvier 2020 lorsque, dénonce-t-il, il est emprisonné au Qatar sans qu’on ne lui signifie les charges pesant contre lui. Selon sa version, l’émirat lui reprocherait d’avoir voulu faire chanter Nasser al-Khelaïfi, le président du PSG, sur lequel il disposerait d’informations privées. Ce qu’infirment plusieurs autres sources proches du dossier. «Cet homme a été placé en détention par un magistrat qatari pour attente à la sûreté de l’Etat car il a essayé de vendre les infos dont il disposait aux Emirats Arabes Unis, pays ennemi du Qatar, qui entre parenthèse n’en a pas voulues, preuve que celles-ci n’étaient pas forcément explosives et ne concernaient en rien l’organisation de la Coupe du Monde » explique un proche de l’affaire. Selon nos informations, une procédure judiciaire serait d’ailleurs toujours en cours au Qatar.

Tayeb B affirme avoir été détenu à Doha dans des conditions effroyables – il dénonce des privations de sommeil, des menaces de mort et des simulacres de tabassage – Tayeb B. n’a été autorisé à regagner la France qu’au 1er novembre 2020. Un élargissement qui n’aurait été rendu possible que grâce à la conclusion d’un protocole d’accord entre deux ténors du barreau parisien, prévoyant la remise de tous ses supports numériques et la promesse de son silence. Cependant le retour en France du prévenu ne s’est fait que plusieurs semaines après la signature du protocole, le Qatar ayant été placé celui-ci en rétention à l’hôtel continental de Doha.

Toujours selon Libération Tayeb B. et son épouse ont déposé mi août, soit un an et demi après sa libération, deux plaintes contre X avec constitution de partie civile auprès du tribunal judiciaire de Paris en août dernier pour « extorsion commise en bande organisée, subornation de témoin », ainsi que « torture, arrestation et séquestration, et menaces de mort avec obligation de remplir une condition ». Une information que le parquet de Paris nous a confirmé, nous précisant qu’à ce jour aucune information judiciaire n’ai été ouverte. Selon un des proches de Tayeb B, le Quai d’Orsay, l’ONU ont également été sensibilisés au traitement qu’il dénonce au Qatar. Des procédures engagées là encore longtemps après son élargissement. Selon plusieurs sources proches du dossier, ces procédures auraient été un levier de pression auprès du Qatar, et de Nasser al-Khelaïfi, pour obtenir de l’argent. Malgré l’accord signé l’intéressé aurait laissé entendre avoir gardé un double de la fameuse clef USB.

Par ailleurs, Tayeb B. a saisi le Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris pour une procédure déontologique de contestation d’honoraire. Selon nos informations, celle-ci serait toujours en cours.

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