Olivia Ruiz: «Lorsque j’étais enfant, j’adorais lire Giono, Pagnol, Gide… et les Gaston Lagaffe»

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ENTRETIEN - La marraine du festival Partir en Livre raconte quelle place a eu la lecture dans son enfance.

FIGARO SCOPE. - Vous êtes la nouvelle marraine de Partir en Livre, avec Christelle Dabos. Comment cela s’est-il fait?

Olivia RUIZ. - Le Centre national du livre est venu me proposer de devenir la marraine de cette édition et cela a été une évidence pour moi, quand j’ai pris connaissance de tous les volets de l’événement. J’ai d’abord pensé à moi enfant, adolescente et à la façon dont les livres avaient pu me sauver de l’ennui. La lecture m’a montré que ce n’est pas parce que j’étais une petite provinciale, prolo, que je n’avais pas le droit d’entrer dans ce monde-là. J’ai pensé ensuite à mes amis qui ne se sont jamais autorisés à franchir le pas. Partir en Livre est emblématique de la mission du CNL, à savoir décomplexer la lecture.

Cette édition a pour thème l’amitié. La lecture peut-elle être une activité de groupe?

Bien sûr! Il faut voir à quel point le livre a sa place sur les réseaux sociaux. Il provoque le dialogue, l’échange. On a le désir de débattre, de partager ses lectures et d’obtenir des conseils. C’est toute la particularité de cet événement qui s’adresse aux jeunes. Il a été pensé pour rendre la lecture ludique, passionnante et accessible.

Vous êtes vous-même auteur. Votre premier roman s’est écoulé à 300.000 exemplaires, et vous venez de publier Écoute la pluie tomber (JC Lattès). Est-ce d’autant plus important pour vous de montrer aux jeunes lecteurs le plaisir de la lecture comme celui de l’écriture?

Oui. Mes romans traitent de la transmission, de fraternité, de sororité et de généalogie. Quand je suis en dédicace, les gens me partagent leurs histoires. Je les engage à la mettre sur le papier car cet exercice est salvateur. Tout le monde peut écrire mais pour cela, il faut apprendre à lâcher prise. C’est aussi thérapeutique que la lecture. En fait, la lecture comme l’écriture n’ont pas d’âge. Elles sont absolument intemporelles.

Quelle lectrice étiez-vous enfant et adolescente?

Je suis arrivée à la lecture par ennui. Un jour, je suis allée voir la petite bibliothèque de la mairie où j’habitais. Et là, je suis tombée sur Charlie et la chocolaterie ! Quelle histoire! Tout devenait possible. Je me suis sentie loin de tout, loin de mon petit bled paumé et je me suis aperçue à ce moment-là qu’on pouvait tous être un héros. Et donc j’ai lu encore et encore. J’adorais Giono, Pagnol, Gide… J’adorais les Gaston Lagaffe. À l’adolescence, j’ai un peu lâché le livre, puis j’ai lu exclusivement des pièces de théâtre durant mes années lycée.

Vous décrivez exactement ce que montre le CNL dans sa dernière enquête portant sur le rapport des jeunes à la lecture. On constate un fort décrochage après l’entrée au collège.

C’est une période de transition. Il y a même sûrement une explication biologique, ici, un feu d’artifice hormonal s’opère à l’intérieur des corps des adolescents. Mais Partir en Livre permet de se recentrer sur l’utilité du livre. Même si ce n’est pas le bon moment pour certains, ce qui est important, c’est que cette idée du livre vive dans leur tête. Une fois qu’on a pris le goût de la lecture, même si l’on s’arrête, on est toujours très heureux d’y revenir.

Que lisez-vous aujourd’hui?

Je fais ma PAL (pile à lire) pour l’été: il y aura La Vie qui commence d’Adrien Borne, Annie Ernaux, Aux animaux la guerre de Nicolas Mathieu, Almudena Grandes… Je cherche à m’évader de la réalité. Un livre puissant, c’est un livre duquel je relève la tête après trois heures de lecture en me disant: «Mince! Il est 4 heures du matin, je dois me lever à 6 heures!»

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