Dans les secrets du Parc des Princes : au cœur des coursives

Il y a 1 année 234

Des éclairages designs et des posters des heures glorieuses jusqu'aux néons jaunâtres et aux tunnels bétonnés où s'enchevêtrent des kilomètres de câbles : les coursives qui font tout le tour du Parc des Princes emmènent d'un monde à l'autre, sous le stade du PSG achevé en 1971. Pour se repérer dans cet ovale étroit, loin des « VDI » (voies de desserte interne) où des camions de 36 t peuvent circuler dans les stades neufs, des bandes de peinture colorées et des panneaux rythment le trajet.

Une partie de la coursive sous la tribune Boulogne du Parc des Princes, non accessible au public./LP/Jean-Baptiste Quentin Une partie de la coursive sous la tribune Boulogne du Parc des Princes, non accessible au public./LP/Jean-Baptiste Quentin  

La partie la plus improbable se niche sous la tribune Paris, en face du lycée Claude-Bernard. « Les fondations du stade se mêlent à celles du périphérique qui se trouve en dessous de nous, explique Augustin Masurel, le responsable du site pour la SESE, la filiale du club qui exploite le Parc. Les deux monuments ont été construits au même moment. »

Certains piliers du stade ont d'ailleurs dû être décalés pour éviter l'artère. Plusieurs grandes salles vides sont nées de cette imbrication architecturale. Derrière une porte barrée d'une pancarte « Galerie technique », on pénètre dans l'une d'entre elle, de près de 5 m de hauteur sous plafond et de quelques centaines de mètres carrés où résonne l'écho du trafic.

«Ces espaces sont vides depuis toujours»

En descendant quelques mètres dans l'obscurité par une échelle, on peut rejoindre par un tunnel une autre de ces salles. « Ces espaces sont vides depuis toujours, on y a parfois retrouvé des boîtes de conserve des années 1960 », sourit Augustin Masurel alors qu'un vieux vêtement traîne dans un coin. « Il y a des années, des gens rentraient par le tunnel du périphérique et accédaient aux couloirs du stade par ici pour voir le match », raconte Chamath Samaranayake, responsable d'exploitation adjoint en poste depuis 2001. C'est aussi cette zone qui communique avec la station de métro « Parc des Princes ». « Sa sortie devait être située entre le stade et l'école en face, raconte Augustin Masurel. Mais elle était trop proche du Parc et n'a jamais ouvert pour des raisons de sécurité. »

Un couloir souterrain achemine les câbles de télévision au bord de la pelouse./LP/Jean-Baptiste Quentin Un couloir souterrain achemine les câbles de télévision au bord de la pelouse./LP/Jean-Baptiste Quentin  

Un peu plus loin, le local dédié aux relais des antennes 4G a dû lui aussi être consolidé. Le responsable du site raconte : « Des lycéens d'en face sont entrés dans le local par la rue et sont passés par la trappe. Ils ont été retrouvés en train de jouer sur la pelouse du Parc. »

S'engouffrer dans les coursives du Parc des Princes, c'est aussi découvrir la mécanique qui fait vivre cet immense espace qui accueille plus de 44 000 personnes les soirs de match, hors Covid. Une machinerie qui nécessite une dizaine de personnes lors des rencontres pour veiller à ce que tout se passe bien. Au sein de cette équipe, un technicien est spécialement dédié au bon fonctionnement des groupes électrogènes. Le stade est relié au réseau électrique par deux énormes câbles de 20 000 volts, branchés dans un local où les transformateurs bourdonnent très fort, sous la tribune Paris.

D’énormes groupes électrogènes prennent le relais en cas de coupure de courant./LP/Jean-Baptiste Quentin D’énormes groupes électrogènes prennent le relais en cas de coupure de courant./LP/Jean-Baptiste Quentin  

Dans deux autres grandes pièces, d'immenses groupes électrogènes alimentés par des cuves de carburant nichées en sous-sol, sont prêts à palier une panne. « En cas de coupure en plein match, on a une baisse de 20 % de l'éclairage le temps que les groupes prennent le relais, explique Augustin Masurel. Des batteries permettent de faire le tampon. »

Les secrets jalousement gardés de Jonathan Calderwood

Il faut ensuite moins d'un quart d'heure pour que l'éclairage des 212 spots situés sous le toit ne retrouve toute son intensité. L'ensemble a été rénové en 2014 par la ville à qui revient cette charge en tant que propriétaire. Le mode d'alimentation est plus écolo que celui d'autres enceintes (le stade de France notamment) dont l'alimentation électrique des projecteurs est assurée en continu par des groupes électrogènes les soirs de match.

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Les chaudières, elles, fonctionnent au gaz de ville. Dans la pièce rénovée récemment, il fait plus de trente degrés et les trois énormes machines alimentent un réseau de tuyaux engloutis par les murs et plafond pour alimenter le stade. Elles servent à la fois pour la pelouse, pour les douches des joueurs et pour une partie des salons. Des pompes à chaleur situées du côté de la tribune Borelli complètent le dispositif.

La chaufferie, qui alimente notamment la pelouse./LP/Jean-Baptiste Quentin La chaufferie, qui alimente notamment la pelouse./LP/Jean-Baptiste Quentin  

Dans le virage entre Boulogne et la tribune Paris, le corridor débouche sur le local dédié à l'entretien de la pelouse, avec ses tondeuses, ses produits et ses secrets jalousement gardés. « Pas de photos ici, les autres clubs cherchent à savoir ce qu'on met sur la pelouse, quels outils on utilise », réclame Jonathan Calderwood, le responsable des terrains.

Tout juste consent-il à laisser immortaliser un tracteur anodin avec les affiches des grands matchs de Ligue des champions qui donnent une allure de salon branché au lieu. On apprend aussi que c'est l'inclinaison de la pelouse par les rouleaux fixés sous les tondeuses qui donne les différences de teinte sur le précieux tapis.

Le local d’entretien de la pelouse./LP/Jean-Baptiste Quentin Le local d’entretien de la pelouse./LP/Jean-Baptiste Quentin  

Parmi l'équipe qui veille sur le Parc un soir de match, on trouve aussi un plombier ou un serrurier qu'on croise en train de travailler dans son atelier situé sous la tribune Boulogne. « Il est là pour intervenir rapidement, il y a parfois des personnes qui sont restées coincées aux toilettes pendant le match », sourit Augustin Masurel. Ce qui peut être ennuyeux à la mi-temps d'une rencontre sans une intervention salvatrice.

Les 5 épisodes de notre série

1. Bienvenue chez les VIP

2. Au cœur des coursives.

3. Le stade côté jardin.

4. Un stade sous surveillance.

5. Le toit, observatoire rêvé et plateforme technologique.

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