Attaques de commissariats : «La fin de la police de proximité a joué un rôle»

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C’est une petite phrase qui a marqué la fin de la police de proximité en 2003. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, lâche alors qu’il est en visite au quartier du Mirail, à Toulouse (Haute-Garonne) : « La police n’est pas là pour organiser des matchs de rugby dans les quartiers mais pour arrêter les délinquants ! » La « pol prox », comme on l’appelait, était enterrée la même année.

Pour Flavien Bénazet, responsable de la branche ministère de l’Intérieur du syndicat SNUITAM-FSU, qui a fait partie de cette police, cela marque un tournant. « La disparition des îlotiers a fait du mal au lien entre police et population. La fin de la police de proximité a joué un rôle dans les attaques contre les policiers », estime celui qui a été îlotier au milieu des années 1990 dans le quartier des Courtillières, à Pantin (Seine-Saint-Denis).

Un « abandon de l’État vis-à-vis des quartiers »

« Nous avions une vigie, se souvient-il. C’était un petit local mis à disposition par la mairie où on rencontrait les gens. Il n’y a jamais eu de problèmes graves. Quelques tags, mais ça s’arrêtait là. Une attaque de commissariat n’aurait jamais été envisageable. Il y avait du respect, on avait beaucoup de discussions avec des gens des quartiers. Et quand on patrouillait à pied, jamais on a pensé qu’on pouvait se faire attaquer. »

Pour le syndicaliste, la fin de la « pol prox » est un « abandon de l’État vis-à-vis des quartiers ». La solution selon lui : « Remettre des policiers dans les quartiers pour restaurer ce lien » qui s’est distendu au fil du temps avec diverses affaires, de violences notamment.

«Il ne faut pas oublier qu’on est au service des citoyens», rappelle Flavien Bénazet.

«Il ne faut pas oublier qu’on est au service des citoyens», rappelle Flavien Bénazet. DR

« Le changement de tenue est aussi pour beaucoup dans la perception que les gens ont de leur police, reprend Flavien Bénazet. Les îlotiers avaient la chemise avec la cravate. Maintenant, on se rapproche plus d’uniformes de paramilitaires. Il ne faut pas oublier qu’on est au service des citoyens. Il y a eu des études montrant que suivant l’uniforme que vous portez, cela vous transforme dans votre comportement. Il en va de même de la perception que les gens à l’extérieur ont de vous. »

Autre analyse : « Les îlotiers étaient souvent des anciens qui avaient de l’expérience. Désormais, en banlieue, on retrouve des jeunes qui viennent d’autres régions. » Et de conclure : « Il faut le retour d’une vraie police de proximité. »

C’est notamment ce qu’essaient de faire des policiers via l’association Raid Aventure qui organise des manifestations sportives dans les quartiers… sur leur temps libre.

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